Le data journalisme : une nouvelle façon de raconter notre métier
Le data journalisme : une nouvelle façon de raconter notre métier
Mon aventure avec WanaData m’a permis de découvrir davantage le data journalisme et surtout de comprendre qu’il y a encore beaucoup de choses à apprendre dans notre métier.
Depuis que j’ai commencé cette expérience, plusieurs collègues et lecteurs me posent la même question : comment faire du data journalisme ? Comment utiliser les données pour faire un article ? Comment arriver à faire ces visualisations que l’on voit dans certains travaux ?
Je comprends ces questions parce qu’avant cette aventure, moi aussi, je me posais beaucoup de questions.
Aujourd’hui, dans un contexte où le journalisme est de plus en plus remis en cause, avec l’arrivée des influenceurs, des créateurs de contenus et de toutes sortes de producteurs d’informations sur les réseaux sociaux, nous devons aussi réfléchir à la manière de faire évoluer notre métier.
Les créateurs de contenus ont une force : ils savent attirer l’attention. Ils savent utiliser les réseaux sociaux, les images, les vidéos et les formats courts pour toucher rapidement leur public. Mais le journaliste a aussi ses fondamentaux : chercher l’information, vérifier, recouper, donner le contexte et rendre compte des faits.
Le data journalisme peut être l’une des manières de continuer à faire ce travail autrement.
Avec les données, on peut raconter une histoire différemment. Un chiffre peut permettre de montrer une évolution, une comparaison, une tendance ou une réalité que l’on ne voit pas forcément dans un article classique.
Et puis, il y a la visualisation.
Personnellement, j’ai beaucoup aimé cette partie. Voir un papier prendre des couleurs, voir les chiffres devenir des graphiques, des cartes ou des infographies, c’est une autre manière de raconter. Cela attire l’œil du lecteur, mais surtout, lorsque le travail est bien fait, cela peut faciliter la compréhension d’une information.
Pendant WanaData, j’ai aussi beaucoup apprécié les retours des mentors. Il y avait des remarques qui nous obligeaient à reprendre notre travail, à revoir une donnée, à modifier une visualisation ou à chercher encore une autre source.
Au début, certains retours peuvent être difficiles à recevoir. On pense avoir terminé son travail, puis quelqu’un vous dit : « Il faut revoir cette partie », « Cette donnée n’est pas suffisamment expliquée », « Cette visualisation peut être améliorée ».
Mais c’est justement là que j’ai compris quelque chose d’important : le journaliste doit rester humble devant son travail.
Même après plusieurs années dans le métier, on peut se tromper. On peut passer à côté d’une information. On peut mal interpréter une donnée. Et parfois, le regard d’un autre journaliste ou d’un mentor permet de voir ce que l’on n’avait pas vu.
C’est aussi cela que WanaData m’a apporté.
J’ai appris que faire du data journalisme, ce n’est pas seulement savoir faire de beaux graphiques. Ce n’est pas mettre des couleurs sur des chiffres pour rendre un article joli.
Avant la visualisation, il y a surtout le travail journalistique.
Il faut savoir quelle question poser. Il faut chercher les bonnes données. Il faut vérifier leur source. Il faut les nettoyer, les comprendre, les comparer et surtout éviter de leur faire dire ce qu’elles ne disent pas.
Parce qu’un chiffre peut facilement être mal compris ou mal interprété.
À mes collègues qui me demandent aujourd’hui comment commencer, je dirais donc de ne pas avoir peur des données. On n’a pas besoin d’être mathématicien pour commencer. Il faut surtout être curieux, apprendre progressivement et accepter de se tromper.
Le data journalisme est aussi une invitation à apprendre de nouveaux outils. Excel, Google Sheets, les outils de visualisation, les cartes, les bases de données… Il y a beaucoup de choses à découvrir.
Et je pense que nous, journalistes africains, avons encore beaucoup d’histoires à raconter avec les données qui existent sur nos pays.
Les chiffres sur les femmes, les jeunes, l’emploi, l’éducation, la santé, l’agriculture, le sport, l’environnement ou encore les inégalités sont là. Il faut simplement apprendre à les chercher, à les comprendre et à les transformer en histoires accessibles aux lecteurs.
Pour moi, le data journalisme ne signifie donc pas abandonner le journalisme que nous connaissons.
C’est plutôt une autre manière de faire notre travail.
À une époque où tout le monde peut publier une information, le journaliste doit continuer à chercher ce qui fait sa différence. Vérifier, enquêter, expliquer et donner du sens.
Le data journalisme peut nous aider à le faire autrement.
Mon aventure WanaData ne m’a donc pas seulement appris à travailler avec des chiffres. Elle m’a surtout appris à regarder l’information autrement, à accepter les corrections et à comprendre qu’en journalisme, même lorsqu’on pense avoir fini, il y a toujours quelque chose à améliorer.

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